mercredi 1 juin 2011

Le Draugr'Steinn du Bleu-Noir - Etude de chapitre pour Domino' story



Le Draugr'Steinn du Bleu-Noir

Sur la colline du Bleu-Noir, près de la capitale d'Ymir, est dressée une pierre sombre. Elle est, dans son entier, haute à peu près comme un homme, mais seul un tier de sa surface est à découvert, car le reste demeure enterré.
On ne voit d'elle qu'une stèle rectangulaire, comme la tête d'une poutre de silex qui se serait fichée dans le sol au sommet du Bleu-Noir. De l'obsidienne, elle a aussi la couleur, sombre au centre et plutôt brune, couleur d'eau trouble, là où les crêtes de la pierre révèlent au soleil une certaine transparence.
L'une de ses arrêtes a été brisée, selon toute vraissemblance, d'un coup sec qui en a enlevé une langue longue comme une main et large comme deux doigts. C'est sur cette surface plane, légèrement inclinée par rapport à la verticale, qu'ont été gravées de bas en haut des runes de puissance.
Ces rainures sont profondes et délicates, pourtant celui qui les a faite n'a pas seulement égratigné leurs bords ; les villageois d'Ys s'entendent à dire que ce n'est pas un humain qui les a ciselées.
Les runes de pouvoir doivent être imprégnées de sang pour s'activer, et celles-ci ne font pas exception : depuis toujours, même par temps de pluie, on peut voir luire un liquide dans les fentes, et les rares qui, de siècles en siècles, sont venus y poser le doigt l'ont retiré teinté de rouge.
Mais personne ne s'approche jamais du Bleu-Noir. C'est une pierre magique, c'est averré, et on ne sait pas ce qu'elle fait.
La famille royale ne paraît pas s'en inquiéter, et comme ils doivent être les seuls à savoir encore lire ce genre de runes, c'est qu'elles ne doivent pas représenter bien grand danger.
Cependant, eux non plus ne s'en approchent pas, et la ville d'Ys suit cet exemple là.

Il paraît, les nuits de pleine lune, précisément au moment où son petit satellite est le plus en haut à sa gauche qu'il puisse être dans le ciel, qu'un fantôme apparaît sur la colline.
Il paraît que c'est une femme, et qu'elle est très belle ; parfois elle joue de sa lyre en chantant, assise sur la stèle, parfois elle reste debout, face à la ville, et la regarde tant que la lune dure.

Un homme a voulu détruire la stèle un jour, pour démontrer quelque chose à quelqu'un. Son crâne repose aujourd'hui contre l'obsidienne, à demi-enterré, des fleurs et des mulots sortant de ses orbites ; on peut voir ça et là les restes de ses os, précédemment éparpillés par les bêtes.

Cette stèle, on l'appelle le Draugr'Steinn, la pierre du fantôme, et ce fantôme on l'appelle Grimavaldyr ; on en parle avec humour comme d'une spécialité locale, on dit que c'est le contrat passé par Ys pour jouir de prospérité, ou que c'est la demeure de l'esprit qui emportera la ville au Crépuscule.
C'est devenu un élément du paysage, au même titre que la vague verte des autres collines qui va d'Ys aux montagnes, que la frondaison noire des arbres des nombreuses forêts, que la ville en tours blanches où vit la royauté. C'est devenu l'exception normale à l'anormalité, et les villageois l'acceptent, sans poser de questions : la ville a son fantôme comme chacun son secret.

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